Qui est Saint Ignace de Loyola ?

SAINT IGNACE : UN HOMME LIBRE!

Nous trouvons quelquefois que les temps sont durs… C’est vrai qu’il peut y avoir des motifs de se lamenter: la déchristianisation gagne du terrain, tandis que l’Eglise tient une place de plus en plus réduite, sans parler des 30 dernières années où les querelles ont parfois été vives entre les catholiques eux-mêmes. Il est bien possible que les temps que nous vivons ne soient pas toujours très aimables, mais une chose est certaine: cette époque est la nôtre, c’est celle que la Providence a choisie pour nous. Elle n’est peut-être pas très facile, elle a peut-être même laissé en nous d’amères stigmates mais elle est celle que Dieu a choisi pour que nous puissions le rencontrer.

Il est difficile de comparer les différentes époques entre elles ; cependant un rapide coup d’oeil sur le passé montre que chaque âge a ses épreuves, et ce1ui de Saint Ignace de Loyola n’en manquait pas… le XVIe siècle commençant n’a pas laissé dans l’histoire le souvenir d’un calme excessif : la Renaissance gémissait alors dans les douleurs de l’enfantement… C’est dans ce contexte difficile que va mûrir la riche personnalité de saint Ignace et particulièrement dans l’atmosphère bouillonnante de Paris.

Saint Ignace arrive à Paris en 1528 pour y poursuivre ses études. Il s’inscrit au collège Montaigu, qui passe pour assez « rétro » et hermétique aux idées nouvelles de la Renaissance. Saint Ignace recevra là l’héritage de la scolastique, avec ce qu’elle a de meilleur (St Thomas d’Aquin en particulier), mais aussi gagnée par une décadence certaine. Quelques années plus tard, il s’inscrit à Sainte Barbe, qui était un collège, pourrait-on dire, dans le vent. Il trouvera là des maîtres pétris d’humanisme.

Pour ce qui est des querelles religieuses, Saint Ignace avait déjà connu en Espagne les « alumbrados »,Ies « illuminés », recherchant une plus grande pureté évangélique, en marge des réformes franciscaines. Il avait aussi fréquenté les « érasmisants », mais se méfiait un peu de leurs idées nouvelles. Et puis, bien sûr, a Paris, il ne pouvait pas ne pas être confronté aux idées Luthériennes. L’affaire des « placards » en 1534 (de ces affiches dénonçant le scandale de la messe papale, clouées un peu partout et jusque sur la porte de la chambre du Roi), ainsi que les bûchers de Berquin et Dolet, avaient déchaîné les passions du peuple parisien.

Ignace, l’homme de Manrèse, cet ardent chercheur de Dieu, ce vaillant guerrier qui défendait Pampelune allait-il partir en guerre? Et contre qui? Allait-il s’allier aux illuminés pour combattre une Eglise institutionnelle bien malade, ou bien aux Luthériens pour revenir à la pureté et la pauvreté évangélique, ou bien l’ardeur de son coeur allait-elle s’unir aux feux des bûchers où se consommait la justice du royaume? Et peut-être se trouverait il au coude à coude avec les humanistes pour redonner à la liberté toute sa place dans la vie chrétienne? Le bouillonnant jeune homme (il avait tout de même autour de 40 ans) n’avait, en face de tous ces courants qui se côtoyaient dans le quartier latin en s’opposant parfois violemment, que l’embarras du choix. Saint Ignace aurait pu s’engager furieusement dans les querelles religieuses qui agitaient ses contemporains. Il ne l’a pas fait. Non pas qu’elles n’en vaillent pas la peine. Mais Saint Ignace est un homme libre!

Que fait-il pendant que tout le monde s’étripe joyeusement? Il étudie, c’est d’abord pour cela qu’il est venu à Paris, et il prêche les exercices qu’il a composés à Manrèse, après sa conversion. Et en cela il se fait remarquer, il fait des émules, ce qui attirera l’attention des tribunaux de l’inquisition, en Espagne surtout, mais aussi à Paris (l’inquisition, alors toute soumise au pouvoir royal, n’avait pas en France de réel pouvoir) : on ne trouve rien contre lui. Mais cet espagnol au coeur de feu, plutôt que de prendre part aux débats qui agitent ses contemporains, et pour lesquels il n’a pas d’idées géniales et définitives, s’est affranchi de ces disputes au profit de Jésus et Jésus seul, qui est la vraie Liberté. Ignace a choisi son camp: c’est celui du Roi Eternel, et il n’en a pas d’autres. Le seul étendard sous lequel il veut combattre, c’est celui Christ et de l’Eglise, et aucun autre, surtout pas une contrefaçon!

Après avoir rassemblé quelques disciples autour de lui, Saint Ignace va se mettre à la disposition du Pape. Il faut imaginer cette bande de loqueteux, vivant la pauvreté réelle, faire allégeance au Pape Paul III (Farnèse), sans doute moins excessif que ses prédécesseurs : Alexandre VI (Borgia), Jules II ou Léon X, mais dans la droite ligne. Et saint Ignace ne vient au milieu de cette cour pontificale ni avec le verbe enflammé de Savonarole, ni avec le coeur révulsé et révolté de Luther, mais avec l’humilité d’un fils soumis à « la sainte Eglise hiérarchique notre Mère », comme il aime à le dire. Tant et si bien que Paul III et ses successeurs placeront la Compagnie de Jésus au coeur de la contre réforme. Et voilà que celui qui semblait se désintéresser de tout ce qui agitait l’Eglise, se retrouve à défendre la citadelle assiégée. Mais il le fait non pas à la place qu’il s’est choisie, mais à celle que l’Eglise elle -même lui a confiée.
Saint Ignace est un homme libre, parce qu’il a rencontré Celui qui libère de toute servitude. Il nous invite à en faire autant. Son exemple peut nous éclairer sur ce que nous devons faire aujourd’hui, à notre place, toute notre place, rien que notre place.

Abbé, Gérald de Servigny.

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